Mesdames et Messieurs en vos titres, grades et qualités,

Bonsoir à toutes et à tous,

C’est un plaisir pour  soir, à La Hulpe, pour les vœux du Collège provincial et la Mercuriale de notre Gouverneur.

Le début d’année est toujours un moment particulier : on se revoit de bon cœur, on se souhaite le meilleur… et on se dit, au fond, que c’est une chance – une vraie chance – de pouvoir être là, ensemble.

Chaque 1er janvier, on se dit d’entrée de jeu que l’année qui commence est « spéciale ».

En 2023, c’était le retour à la normalité.

En 2024, c’était le lancement d’une année électorale historique.

En 2025, nous célébrions les 30 ans du Brabant wallon.

Avouez-le, des années vraiment très particulières, donc… ou pas !

Mais en 2026, là, on entre dans une toute autre dimension. Cette fois c’est certain, 2026 marquera l’histoire des provinces à tout jamais. Plus question d’année de transition, de réflexion, LA réforme des provinces n’est plus une hypothèse, ni le refrain quasi ringard entonné d’une législature à l’autre. Non non non elle est bien là, réelle, tangible, en marche. Le processus est lancé et verra 2026 marquer la refonte et, enfin, une vraie simplification du paysage institutionnel wallon. Ou pas ! Comme chaque année, l’avenir nous le dira.

Mais avant de parler de cela, un peu de douceur et de poésie dans ce monde de brutes. Nous voilà réunis dans un cadre enchanteur et enneigé, à La Hulpe, n’est-ce pas Monsieur le Bourgmestre ?

Et à propos de poésie, puisqu’en Brabant wallon on adore la culture, je voudrais vous lire quelques vers du poète brabançon Gaston Baccus. Gaston Baccus était habitant de Ramillies, plus particulièrement de Huppaye, dont il fut bourgmestre de 1946 à 1951. Bourgmestre… socialiste, je le précise au cas où certains voudraient m’accuser de placement de produit… Gaston Baccus écrivait ceci à propos du Brabant wallon :

« Sur ton sol exigu,

la Wallonie entière s’est donné rendez-vous :

le Condroz à Rosières ; le Hainaut à Clabecq, l’Ardenne à Virginal,

la Hesbaye à Jodoigne, et la Gaume à Genval ! »

Autant de paysages et de perspectives qui évoquent la diversité du Brabant wallon, mais vous me direz : rien dans ce poème sur La Hulpe ?!?

Rassurez-vous, La Hulpe c’est bien plus que ça. Avec ses 15 kilomètres carrés, La Hulpe est la plus petite commune du Brabant wallon. Mais pour ceux qui se rappellent de la pub, comme la Clio, elle a tout d’une grande. La Hulpe est une terre de nature avec 2/3 de sa superficie en zone verte, parcs et forêts. Une terre de sport avec des disciplines, clubs, et infrastructures sportives de haut niveau. Une terre de culture, comment ne pas évoquer la présence de la Fondation Folon, joyau de notre territoire, ou le génie Toots Thielemans qui y a vécu plus de 25 ans.

Et si selon Baccus le Brabant wallon évoque toute la Wallonie, La Hulpe va bien plus loin que cela ! Ici à La Hulpe, on retrouve le Brésil – du nom d’un quartier de la Commune. On y retrouve aussi l’Argentine – du nom de cette rivière d’argent, « Helpe » en celtique, qui coule ici et d’où vient le nom de la commune.

Une rivière d’argent, où l’argent coule à flots… Et après on s’étonne des clichés sur le Brabant wallon…

Brésil, Argentine… Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas plomber l’ambiance avec la situation politique en Amérique latine. Ces grandes nations m’évoquent bien plus la Coupe du monde de football qui s’annonce en 2026 – je vois quelques têtes se relever ! Coupe du monde de football qui sera d’ailleurs vite chassée par la Coupe du monde de Hockey, qui elle, comme vous le savez, aura lieu en Brabant wallon, à Wavre !

Et là, pour le coup, c’est la Belgique qui est une grande nation de ce sport ! Nos « Red Lions » et nos « Red Panthers » font partie des équipes favorites, et joueront à domicile ! Cet événement est une aubaine. Le sport rassemble, fédère, et fera exister le Brabant wallon sur le plan international. 

 

… Et à propos d’exister, du moins pour le moment, le Brabant wallon n’a pas attendu d’être une province à part entière, distincte de sa sœur flamande, pour être reconnu en tant que territoire.

Dans une brochure datant de 1961, le Conseil économique wallon listait déjà les mérites du Brabant wallon. Désolé si cela heurte les sensibilités de certains, mais on en parlait comme de… « la banlieue verte de la Capitale ». Les autres atouts ? On citait déjà sa situation au centre du marché européen, son sol fertile, sa main-d’œuvre hautement qualifiée…

Bref le Brabant wallon n’était pas encore une Province, mais était déjà… le Brabant wallon !

Derrière l’institution que nous connaissons aujourd’hui existe un territoire qui a une longue histoire. Un territoire qui n’a pas attendu Napoléon Ier et ses départements, comme on l’entend parfois. Un territoire qui a connu la mosaïque féodale des Duchés, des Comtés et des Principautés. Un territoire qui a connu le temps des corsages bien lacés et des habits d’apparats.

C’est d’ailleurs de la plume du Duc de Brabant, Henri Ier, que la commune dans laquelle nous sommes ce soir a été fondée.

Et avant même la période féodale, durant l’Antiquité, il y avait probablement ici, à La Hulpe – ou Helpe, comme on disait donc à l’époque – des paysans du Pagus de Brabant, section de la Province de Gallia Belgica, qui payaient l’impôt à l’Empereur romain via le Proconsul de l’époque, sorte de Gouverneur : Appelons-le, à tout hasard, Gillus Mahius.

Le rôle du Gouverneur était de représenter le pouvoir central dans ce territoire éloigné.

C’est l’un des rôles historiques des provinces ou de ce que l’on appelle les « pouvoirs intermédiaires », en Belgique comme ailleurs : faire le lien entre des décisions qui viennent de plus haut, de plus loin, et des réalités locales, spécifiques, changeantes. Un niveau intermédiaire considéré comme essentiel à la cohérence d’un territoire, essentiel à sa cohésion sociale, à son dynamisme et à son identité.

Mesdames et Messieurs,

Comme je vous l’indiquais il y a quelques instants, une réforme de l’institution provinciale est désormais sur la table. Et à propos de table, on parle souvent de « lasagne institutionnelle belge », appellation belge d’origine non contrôlée qui, avouons-le, ne met pas nécessairement en appétit, malgré l’heure… Tout bon cuisinier sait qu’on ne transforme pas une lasagne en en retirant simplement une couche sans tenir compte de l’équilibre global du plat.

Mon propos n’est certainement pas de dire à la Wallonie de ne pas regarder dans l’assiette des Provinces. Car il y a clairement matière à réformer, les Provinces l’appelaient d’ailleurs de leurs vœux dans leur Memorandum pour les élections de juin 2024. Mais vouloir supprimer l’institution provinciale sans dresser une vue d’ensemble des acteurs publics et parapublics qui exercent des missions d’ordre supracommunal sur un même territoire, c’est regarder par le petit bout de la lorgnette.

Supprimer une élection, remplacer une institution par une autre entité quasi identique, et faire peser cette nouvelle entité sur les épaules communales, ne simplifierait rien. Cela constituerait même un recul démocratique majeur.

Il y a toutefois des ingrédients positifs et rassurants dans le menu qui nous est présenté :

1. Maintien des missions essentielles de services publics et de l’emploi provincial

2. Neutralité fiscale pour le citoyen wallon

3. Neutralité budgétaire pour chaque commune

Nous serons bien sûr particulièrement attentifs au respect de ces balises.

Nous inviterons aussi nos grands Chefs wallons à ajouter quelques épices indispensables pour une recette réussie : efficience, gouvernance, transparence, cohérence, concertation, sans oublier la notion de juste territoire, essentielle quand on veut porter des ambitions en matière de supracommunalité. 

Et puis pour tenter finalement d’ouvrir votre appétit, pourquoi ne pas vous inviter à tenter la cuisine déstructurée, très à la mode ! Vous connaissez certainement : cette gastronomie expérimentale qui allie approche scientifique et art culinaire.

Alors c’est certainement plus complexe qu’une lasagne de réfectoire, et j’ignore si nous irons jusqu’à l’orgasme culinaire, mais à l’instar de nos ancêtres Grecs, nous ne pouvons pas imaginer une redéfinition de nos institutions démocratiques qui ne vise pas le Bonheur de sa population.

Désolé de rappeler une telle évidence, mais si le système belge est aujourd’hui complexe, il serait naïf de penser qu’il est si simple de le réformer. Alors retroussons nous collectivement les manches devant cette réforme, soyons exigeants, ambitieux, courageux, et ne cédons pas à la facilité et aux tentations populistes sous prétexte que, comme j’ai pu l’entendre et le lire, « les gens ne savent plus à quoi servent les Provinces ».

Je tiens à rassurer les édiles wallons présents ce soir, nous serons bien présents et constructifs à la table de cette réforme. Nous serons aussi créatifs, quitte à suggérer un plan B…W si les discussions le permettent.

Je l’ai souvent dit : ce n’est pas parce que l’on siège dans une institution que l’on en devient l’avocat ou le syndicat, dans une forme de protectionnisme ou de conservatisme à outrance. Nous ne défendons pas l’institution pour l’institution. Nous défendons un outil au service du territoire.

Nous n’avons pas été élus pour éteindre les lumières provinciales et claquer la porte en partant. Notre responsabilité, en tant qu’élus en Brabant wallon, est de veiller à ne pas casser ce qui fonctionne, à ne pas fragiliser la dynamique de notre territoire, à ne pas abîmer la cohésion de notre Brabant wallon, à ne pas affaiblir nos 27 communes qui sont en première ligne face à une augmentation croissante de leurs charges. Notre rôle, c’est de parvenir à réinventer un modèle qui soit à la hauteur de nos ambitions collectives.

Et à propos d’ambitions collectives, permettez-moi de remercier les femmes et les hommes qui y travaillent au quotidien.

A commencer par toi Gilles, notre Gouverneur, merci pour ton engagement sans faille pour notre Brabant wallon. Merci d’être si conscient de tes responsabilités. Les outils que tu as mis en place le prouvent, particulièrement pour la sécurité de nos citoyens. Merci pour notre complicité, notre amitié, notre capacité à porter ensemble l’ambition de ce territoire. Tu incarnes cette fonction avec brio, le Gillus Mahius de l’époque ne t’arrive pas à la cheville.

Merci aussi à mes collègues du Collège provincial, Benjamin Goes, Sophie Keymolen et Christophe Dister. Nous formons un sacré quatuor et c’est un réel plaisir de travailler avec vous au quotidien. Nous venons de fêter le 1er anniversaire de ce nouvel attelage, et c’est l’occasion de vous remercier de votre énergie, votre créativité, et notre complémentarité. Un Collège, c’est toujours difficile à qualifier, et en y réfléchissant et pour prendre une image à nouveau très locale, j’ai parfois l’impression que notre Collège forme un condensé de village des schtroumpfs, chaque député s’impliquant avec ses talents propres.

Alors chacun aura la liberté de reconnaître dans les membres du Collège un Schtroumpf costaud, un Schtroumpf poète, un schtroumpf bricoleur, un Schtroumpf à lunettes, voire un Schtroumpf grognon. On est parfois un peu tout à la fois.

Et puis, pour accompagner, guider, cadrer, voire… recadrer le Collège, il y a notre Schtroumpfette, Annick Noël. Et je ne dis pas ça parce qu’elle est blonde… ni parce qu’elle est bleue ! … mais bien parce que dès qu’une question se pose, c’est vers elle que les regards se tournent. Merci Annick de mettre ton intelligence et ta lucidité au service du Brabant wallon, et avec toi, c’est évidemment à toute l’administration provinciale que nous adressons un immense merci pour leur engagement dans des missions essentielles pour nos citoyens et nos communes.

Merci enfin à vous toutes et tous présents ici ce soir. Vous constituez les forces vives du Brabant wallon.

Mesdames et Messieurs,

Avant de conclure, je voudrais m’adresser à ceux qui penseraient que nos discussions sur « nos petites provinces » sont anecdotiques, et seraient, finalement, bien peu de choses face aux grands enjeux de ce monde.

Bien sûr, tout peut et doit toujours être relativisé. Mais permettez-moi une réflexion tout à fait personnelle, qui permettra une transition douce avec Gilles Mahieu, avec lequel je partage des convictions très fortes sur le sujet. Ce soir, il y a un lien particulier entre nous. Vous êtes membres de la fonction publique, de la police, de l’armée, des services de secours, acteurs de la justice, de la culture, du sport, de l’environnement, du monde politique, du monde économique. Et ce qui nous rassemble, ce qui nous unit, toutes et tous, c’est de s’engager pour la chose publique, pour la recherche et la défense de l’Intérêt général.

Nous avons bien sûr des convictions personnelles différentes, mais nous représentons, toutes et tous ici, des institutions qui garantissent les droits universels et les libertés individuelles de chaque citoyen, quelle que soit sa condition humaine. Chacune et chacun dans vos secteurs respectifs, vous travaillez pour l’accès pour tous à la culture ou au sport. Vous vous battez pour que nos enfants soient protégés de nouvelles menaces, ou pour que nos filles ne doivent pas se cacher sous une capuche quand elles rentrent tard le soir. Et vous hurlez, à juste titre, quand des prisonniers vivent dans des conditions inhumaines. Sans les institutions que nous représentons, c’est le règne de l’arbitraire, de l’anarchie, la loi du plus fort. Sans elles, nous ne sommes ni égaux, ni libres.

Bien sûr, rien n’est parfait, cela reste une construction humaine, par définition imparfaite, qui peut se fragiliser, voire s’écrouler comme un château de cartes si on n’en prend pas soin. Quand on parle de droit international, d’institutions nationales, ou locales, il n’y a pas de différences, ce sont les piliers de notre Etat de droit. Face à des discours d’une violence inouïe, face au bashing permanent et aux discours simplistes, face à la facilité de casser plutôt que de construire et d’améliorer, rappelons-nous la chance que nous avons de vivre dans un Etat de droit, dans l’une des démocraties les plus avancées au monde, et rappelons le respect que nous devons à ces institutions et à ceux qui y travaillent pour offrir un meilleur avenir à chacune et chacun.

Mesdames et Messieurs,

Il me reste à vous souhaiter l’essentiel. L’essentiel, c’est vous : votre bien-être, votre santé, vos rêves, vos aspirations. Au nom du Collège provincial, nous vous souhaitons une année 2026 pleine de tendresse, de joie, de sérénité, de bienveillance, de nuance, d’humour, d’inspiration. Une année qui vous mène là où votre cœur vous guide. Une année où nous pourrons, ensemble, construire l’avenir de notre territoire.

« La vraie générosité envers l’avenir, disait Camus, consiste à tout donner au présent. »

Alors donnons tout, le monde de demain se construit dès aujourd’hui, ensemble.

Je vous souhaite une merveilleuse année 2026.