Mercuriale : Sic transit gloria mundi

 

Monsieur le Président du Collège provincial,

Madame, Messieurs les Membres du Collège provincial,

Mesdames, Messieurs les Conseillers provinciaux,

Madame la Directrice générale provinciale,

Monsieur le Bourgmestre de La Hulpe,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Ministre d’État

Monsieur le Ministre,

Mon Général,

Monsieur le Gouverneur de la Province de Hainaut,

Monsieur le Commandant militaire de Province,

Monsieur le Procureur du Roi,

Monsieur l’Auditeur du Travail,

Monsieur le Commissaire d’Arrondissement,

Mesdames, Messieurs les Sénateurs et Parlementaires,

Monsieur le Gouverneur honoraire,

Monsieur le Directeur général du Centre de crise National,

Monsieur l’Inspecteur général de la Police fédérale,

Madame la Bâtonnière,

Mesdames, Messieurs les Bourgmestres,

Mesdames et Messieurs les Chefs de Corps des Zones de Police,

Monsieur le Directeur Coordinateur de la Police fédérale,

Monsieur le Directeur judiciaire,

Monsieur le Commandant de la Zone de secours et Messieurs les officiers chefs de service,

Monsieur le Colonel, Commandant la Protection civile à Crisnée,

Mesdames Messieurs les Députés honoraires et Conseillers provinciaux honoraires,

Mesdames, Messieurs les Présidents de CPAS,

Mesdames, Messieurs les Échevins,

Mesdames, Messieurs les Directrices et Directeurs généraux,

(…)

Mesdames, Messieurs en vos titres, grades et qualités,

Chers Amis,

Cher Tanguy,

Avant de  commencer, je veux simplement saluer la mesure de tes propos et te remercier pour ton enthousiasme, pour tes mots comme pour ton soutien dans toutes nos initiatives. Étant parthénogénétiquement politique, c’est-à-dire asexué de tout aspect partisan, je ne peux commenter la justesse de tes paroles et tu m’en pardonneras.

Après Louvain-la-Neuve, Waterloo, Hélécine, Ittre, Wavre, Perwez, l’Hôtel du Gouverneur et Nivelles, c’est dans le cadre prestigieux du Château de La Hulpe, au sein du Domaine régional Solvay, que nous siégeons ce soir.

Bien entendu, je sais que ce lieu, fut-il charmant, n’offre pas le confort pour chacun d’une posture assise. Mon temps de parole s’adaptera donc pour éviter de trop lourdes tensions lombaires.

D’ailleurs Pierre Dac disait « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. ». Un motif en plus pour tenter d’être bref et synthétique.

Cette volonté de parcourir la province pour ce moment de retrouvailles annuelles que constituent nos vœux et ma mercuriale nous permet donc aujourd’hui de redécouvrir ce lieu emblématique de La Hulpe.

La Hulpe, plus petite commune du Brabant wallon mais dont les deux tiers sont constitués de parcs et de zones vertes admirables. Ici les reflets de la rivière Argentine participent à cette harmonie qui en fit le lieu rêvé pour deux artistes d’exception, Toots Thielemans et Jean-Michel Folon.

Aussi, je remercie son Bourgmestre, Xavier Verhaeghe, pour son accueil toujours aussi enthousiaste. Mes remerciements s’adressent en outre à nos hôtes les membres du Conseil d’administration et de l’équipe de l’asbl « Domaine régional Solvay- Château de La Hulpe ».

Mais savez-vous que dans votre beau domaine, on y retrouve une mauvaise herbe à l’odeur repoussante mais dont le nom vous sera familier ? La « mercuriale » [1], cela ne s’invente pas.

« Initium faciam »

(Introduction)

Mesdames, Messieurs,

Venons-y.  A l’image de cette plante, ma mercuriale pourrait être repoussante. En mettant en avant les dérives de notre société et de certains de ses leaders, ce qui était l’objectif historique des mercuriales.  Une mercuriale qui pourrait vous dégouter de l’année passée et vous faire craindre le pire pour 2026.

Tel n’est évidemment pas mon objectif.

En fait, au départ de ce travail, je souhaitais vous parler des malheurs de la Justice et de la chaine pénale. L’urgence de la prise de conscience collective de ces problématiques s’imposait comme une évidence. J’avais même imaginé vous décrire certains constats dans un parallèle osé avec les caractéristiques de la mercuriale – je parle ici de la plante. Caractéristiques typiques d’une adventice ou d’une mauvaise herbe :

  • Envahissante et indésirable, comme si la Justice n’était qu’une charge coûteuse pour exercer un pouvoir dangereusement indépendant.
  • Résistante, comme cette façon de s’en tenir aux règles du Droit international et à défendre les droits fondamentaux.
  • Irritante, comme cette propension à se mêler du comportement de puissants qui considèrent que les Lois ne doivent s’appliquer que chez les plus fragiles ou, pis, que l’application des Lois par les cours et tribunaux serait de nature politique.
  • En concurrence avec des plantes jugées utiles, comme ceux qui sous prétexte d’efficacité, voire de « bon sens », veulent réduire les contre-pouvoirs ou les garde-fous.

Mais je n’ai pas eu l’audace de cette comparaison trop légère.

« Fiat Justicia »

(Que justice soit faite) – Prisons et Justice

Mesdames, Messieurs, comme nombre d’entre vous, j’ai prêté le serment constitutionnel et ainsi juré fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois du Peuple belge.

Chez un gouverneur, cette assermentation implique entre autres d’exécuter les articles 605 et 611 du Code d’Instruction criminelle, soit l’obligation de visiter au moins une fois par an, toutes les maisons d’arrêt près des cours d’assises et toutes les prisons (et même tous les prisonniers de la province), ainsi que celle de veiller à la sûreté et la propreté de ces établissements.

Cela fait donc 10 ans que je visite les prisons et que je rédige ensuite un rapport dont le contenu est malheureusement trop souvent un copié-collé de l’année précédente, avec des chiffres de surpopulation qui augmentent encore.

Ce 31 décembre, la Commission de surveillance de la prison de Nivelles nous a saisi, Monsieur le Bourgmestre de Nivelles et moi-même, quant à la prise de mesures afin de limiter cette surpopulation.

Le constat n’est pas propre au Brabant wallon et tous les gouverneurs se sont inquiétés de cette dangereuse évolution. Nous avons pu en discuter franchement avec la Direction générale de l’Administration pénitentiaire qui tente de faire face et continue d’alerter sur l’urgence de cette menace. Je les en remercie.

Il y a quelques semaines, nous nous sommes d’ailleurs exercés autour d’un scénario avec un incendie fictif dans les caves de la prison d’Ittre. Un exercice extrêmement pertinent quand on sait le décès tragique d’un pompier lors d’un incendie à Lantin, les multiples départs de feux dans nos prisons, avec encore des victimes il y a quelques jours à peine au sein de la prison d’Anvers.

Au-delà de cette situation sécuritaire interne, dangereuse et inacceptable pour le personnel pénitentiaire comme pour les détenus, c’est plus globalement la société elle-même qui se met en danger par cette surpopulation. Alors que l’on sait qu’en temps normal la récidive atteint déjà 70 % parmi les personnes qui sortent de prison[2], mesure-t-on les risques en laissant la surpopulation s’aggraver ?

Les faits sont là : 13.700 détenus pour une capacité maximale de 11.100 personnes. Près de 700 détenus dorment à même le sol. La Belgique condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des Droits de l’Homme pour traitements inhumains liés à la surpopulation carcérale.

Certains parlent du laxisme de la Justice mais les peines sont de plus en plus longues, et les courtes peines qui n’étaient pas exécutées précédemment le sont à nouveau aujourd’hui.

C’est aussi l’amélioration de l’efficacité policière qui est à l’origine d’une augmentation des détentions préventives, en durée et en nombre.

Dans le même temps, on constate que les peines alternatives, le travail d’intérêt général, le bracelet électronique, les probations touchent souvent un autre public que celui qui va en prison. Si ces peines et mesures sont plus efficaces en termes de prévention de la récidive, elles ne soulagent pas assez les prisons et signifient en réalité que la Justice prend plus de mesures à l’égard des délinquants qu’auparavant.

Les directeurs de prison, les avocats, les magistrats, les syndicats, les ONG tirent tous la sonnette d’alarme pendant que les moyens pour la Justice font l’objet de marchandages politiciens.

Ouvrir de nouvelles prisons sans prévoir que celles-ci devraient devenir des outils de prévention de la récidive et préparer à la sortie, ne fera qu’entraîner à terme une augmentation du nombre de détenus.

Restreindre les libérations conditionnelles par peur de nouveaux drames conduit en fait à laisser des personnes aller à fond de peine et à les laisser sortir sans aucune mesure d’encadrement ni de réinsertion.

La réforme du Code pénal qui sera d’application dans quelques semaines ouvre une fenêtre d’espoir, mais il faudra que les moyens pour la Justice suivent.

Au-delà des prisons, c’est d’ailleurs l’entièreté du secteur de la Justice qui devrait être soutenu. Le sous‑financement chronique, les retards dans la numérisation, la pénurie de personnel des greffes comme des magistrats, sans compter ici aussi la dégradation des infrastructures rendent indispensables une mobilisation pour la Justice.

Je sais que les mandataires politiques brabançons wallons ici présents sont conscients de l’enjeu et sais aussi que je n’ai aucune leçon à donner.

J’aurais pu plaider pour ma chapelle et demander que l’on ne nous bride plus dans les budgets consacrés par exemple à la sécurité ou à la planification d’urgence. Je le fais suffisamment dans d’autres cénacles et surtout il ne sert à rien de dépouiller Pierre pour habiller Paul.

C’est bien dans le cadre de mon devoir d’information, et parce que mon métier est aussi d’être un des garants de la paix civile, que j’exprime ici mes craintes d’un statu quo dangereux pour la Justice de mon pays et pour l’avenir de la sécurité dans ma province.

« Unio fit virtus »

(L’union fait la force)

Mesdames, Messieurs,

Une mercuriale est aussi l’occasion rêvée pour souligner quelques évolutions observées en 2025 et qui pourraient nous poursuivre en 2026. Des situations qui concernent le Brabant wallon.

C’est ainsi que depuis trois, quatre années je plaide pour des fusions de zones de police comme pour des fusions de communes.

Pour ce qui concerne les fusions de zones de police, les choses avancent. Je soutiens vivement un premier projet qui concerne Ottignies-Louvain-la-Neuve et Wavre et souhaite qu’il se concrétise au plus vite, notamment pour ne pas laisser le personnel dans l’incertitude.

J’ai eu l’occasion de rendre plusieurs avis au Ministre de l’Intérieur et de rédiger une esquisse de feuille de route pour des fusions en Brabant wallon. Nous en reparlerons d’ailleurs prochainement en Conseil 27+1 vu la 2e lecture du projet de loi « fusions ».

Dans ces avis, je soulignais que la police intégrée à deux niveaux fut une réforme considérable, issue d’une succession de drames et d’affaires, au sein desquels le modèle d’organisation originel avait sa part de responsabilité.

De même, la commande politique d’avoir « plus de bleus en rue » (visibilité et dissuasion) et plus de disponibilité face à l’augmentation du sentiment d’insécurité était prédominante.

La police intégrée à deux niveaux visait à garantir des équilibres entre :

  • les besoins des autorités judiciaires et ceux des autorités administratives ;
  • la première ligne locale et l’appui spécialisé de la seconde ligne fédérale ;
  • la proactivité et la réactivité ;
  • la proximité et la spécialisation.

L’objectif de robustesse qui est largement mis en avant dans les projets actuels gagnerait donc à être étoffé en termes d’efficacité face à la criminalité (taux de résolution), d’efficacité préventive (diminution des faits et du sentiment d’insécurité), d’efficacité dans le suivi des victimes, d’efficacité du fonctionnement de la chaîne pénale et d’efficacité dans la réponse aux attentes des citoyens…

Cela étant, je crains que certaines visions pour les fusions ne conduisent à une rupture dans les équilibres du modèle de la Police intégrée. Il faut notamment être conscient que de très grandes zones de police vont conduire à une perte de proximité, non pas par la densité et par le nombre des inspecteurs de quartier, mais bien au travers toutes les autres fonctions de la police de base. De même, la gestion de très grandes zones impliquera un échelon hiérarchique supplémentaire qui n’est pas favorable à cette proximité.

En outre, de très grandes zones conduiront à des spécialisations accrues dans la police locale rendant la relation avec la police fédérale de plus en plus déséquilibrée. Il faut être conscient que l’on risque de passer à un autre modèle que celui de la police intégrée, un modèle de fusion des polices plus que de fusion des zones de police.

Enfin, un désinvestissement des bourgmestres au sein de très grandes zones où leur influence serait minimalisée serait autant à craindre que, paradoxalement, la volonté de créer de nouvelles formes de police municipales pour compenser cette perte d’influence sur le terrain.

Bref, autant je suis favorable à des fusions en Brabant wallon, autant je plaide pour qu’elles restent d’une taille raisonnable et centrées sur l’amélioration de la sécurité pour les citoyens du Brabant wallon.

« Provinciarum renovatio »

(Renouveau des Provinces)

Mesdames, Messieurs,

Comme déjà expliqué, je partage l’enthousiasme pour les réformes qui corrigent les dysfonctionnements comme pour celles qui améliorent l’efficience des services publics.

Les lieux de pouvoir doivent pouvoir être réformés et toute approche doit avant tout s’intéresser aux conséquences pour les citoyens et pour la société.

A double titre, je ne peux commenter la réforme des provinces envisagée par le Gouvernement wallon.

D’une part, car elle ne concerne pas la fonction et les missions des gouverneurs qui restent inchangées.

D’autre part, il serait curieux qu’un commissaire du Gouvernement wallon expose une opinion sur un projet dudit Gouvernement.

En outre, à titre personnel, si je revendique plus de pouvoir déconcentré pour les gouverneurs à l’égard des actions régionales sur le territoire de leur province, je suis de ceux qui ne revendiquent rien vis-à-vis de l’Administration provinciale ou vis-à-vis des mandataires provinciaux.

Enfin, développer ce sujet après le Président de l’Association des Provinces wallonnes lui-même n’a pas beaucoup de sens.

C’est pourquoi je ne me suis autorisé qu’un tout petit exercice, inspiré par Raymond Queneau et un peu aidé par « Le Chat » de Mistral.

Un exercice de prospective, interprétant l’histoire potentielle de la Province en décembre 2030, racontée à la mode des chroniques de jadis.

 

« Ex hostium manubiis »

(Avec le butin des ennemis)

En l’an de grâce 2030, advint un grand remuement des lois et des coutumes.

Le Conseil provincial, jadis élu par le bon peuple et siégeant en sa place, fut destitué de son antique autorité. À sa place, les bourgmestres, seigneurs des bourgs et des cités, se virent octroyer, par la volonté des Grands de Wallonie, le soin de gouverner les deniers et les affaires jadis dévolus aux comtés.

Ce matin de décembre, les bourgmestres, filles et fils des communes, se levèrent, marchèrent et s’emparèrent de la Salle du Conseil provincial à Wavre. Ils portaient le tribut de leurs villages, augmenté selon les anciens rites de la dîme et de la taille autrefois prélevés par la Province. Ils déposèrent l’offrande sur la table du Conseil – transformé en réfectoire – et se mirent à touiller le grand chaudron du budget.

Il leur fut dit par le Sénéchal du Brabant wallon (le gouverneur) au nom des Grands de la Wallonie :

« Vous déciderez de son destin. Vous passerez les marchés avec les marchands et les artisans. Vous ordonnerez la dépenses des écus, selon votre sagesse ou votre fantaisie. Vous recruterez les hommes et congédierez les indignes. Vous établirez les règles par lesquelles les clercs de l’administration devront se plier. Vous adopterez les comptes. Ainsi en ira désormais du pouvoir provincial / comtal. »

Quelques années plus tôt, la Province — déjà dépouillée mais fière — tissa méticuleusement la liste des missions qu’elle jugeait essentielles, comme pour dresser encore son étendard. Elle porta ces missions aux Grands de Wallonie, qui tranchèrent tel un arbitre des royaumes, non sans avoir consulté les communes, gardiennes premières du pays et de la multitude.

Quant au Sénéchal (gouverneur), il resta l’œil des Grands de Wallonie et gardien de l’ordre dans son fief. Certains voulurent lui attribuer le rôle en sus, parfois trop subtil, de moine pacificateur, chargé de veiller à ce que les bourgmestres ne s’égarent point dans l’arbitraire ou la démesure. Mais son épée risquait de rester de bois, et ses ordres, des conseils. Maintenu comme chambellan, il présida encore les grandes cérémonies, signa les parchemins solennels, et accueilli les ambassadeurs. Ces honneurs continuaient à mouvoir maintes et longues paroles touchant la manière de le nommer et la nature de son mandement auprès des Grands de Wallonie.

Ainsi commença la nouvelle ère : celle où les bourgmestres, unis dans la salle haute, reprirent les rênes d’un pouvoir ancien, et où la Province, réduite mais debout, conservait sa place de rang  dans la grande valse des compétences.

Or donc, fut mise en avant une autre voie pour la réformation des provinces en la terre de Wallonie.  Une seconde voie, portée par maints Brabançons de bonne volonté, lesquels, étaient convaincus de la très haute nécessité d’assembler et d’unir les outils épars, afin que force et clarté en jaillissent.

Celle‑ci voulait que soient fondues et assemblées en un seul corps toutes les maintes structures et offices qui, jusques ores, s’entremêlaient et se chevauchaient : province, intercommunales, confréries, agences et autres établissements de pareille sorte. Une unique seigneurie supracommunale serait constituée, pourvue :

  • d’un conseil élu par le peuple en suffrage universel ;
  • d’un trésor commun et consolidé ;
  • d’une fiscalité claire et propre au dit territoire.

D’une telle ordonnance pensaient-ils naitraient moult avantages : moins de structures et de conseils, moins de confusion pour le peuple, et une chaîne de responsabilité plus nette, où le territoire décide, finance et répond de ses œuvres.

En vérité, nous verrons ce qu’il en adviendra et chacun jugera.

 

2025 – « Fugit irreparabile tempus »

(Le temps fuit sans retour – Virgile)

Mesdames, Messieurs,

Après cette parenthèse telle un trou normand, je me permets enfin d’évoquer quelques points marquants en 2025.

Une année heureusement plus calme sur le plan des catastrophes en Brabant wallon. Un calme mis à profit pour amplifier encore le programme « BW response », qui vise à mieux nous préparer face à l’incertain comme à intégrer les citoyens dans la gestion de crise.

Le succès de la Réserve Provinciale de Sécurité civile avec plus de 300 inscrits et près de 200 volontaires conventionnés est partagé avec la reconnaissance de partenaires comme la RACS (Royale amicale des corps de sauvetage) et d’autres associations qui nous viennent en aide lors des crises.

La visite officielle de Leurs Majestés le Roi et la Reine en cette fin d’année 2025 a d’ailleurs permis de mettre à l’honneur le volontariat en leurs seins comme le dynamisme du programme BW 2030.

De nouveaux exercices parfois complexes furent mis en œuvre, comme un nouveau colloque pour mieux nous préparer face à la menace hybride et à la cybercriminalité.

Celui-ci, soutenu une nouvelle fois par la Province, connut un vif succès et conduira à la mise en œuvre courant 2026 d’une fiche-réflexe à destination des pouvoirs locaux comme à la création d’une plateforme publique et privée de lutte contre la menace cyber.

L’arrivée du Centre de Prise en Charge des Violences Sexuelles (CPVS) à la Clinique Saint-Pierre à Ottignies est une victoire pour nous tous et on peut se féliciter ici aussi de l’union des forces vives de la province.

Nous poursuivrons d’ailleurs en 2026 de telles initiatives comme nos concertations avec le Parquet, les services de police et d’autres partenaires. De nouvelles actions « Mamie rusée » seront développées tout comme des approches plus ciblées vers certains publics fragilisés.

Parmi les réjouissances de 2025, je souhaite tout particulièrement mettre en avant l’ouverture de notre nouveau Centre de crise provincial à Wavre, dans les locaux de la Zone de secours. Sans celle-ci, et surtout sans les investissements de la Province, nous serions toujours en train d’errer et de conspuer le manque de moyens du fédéral pour réaliser un centre de crise aux normes tel que promis à mes prédécesseurs.

Cette souplesse d’intervention, comme le fait de suppléer aux manques d’autres niveaux de pouvoir, c’est aussi cela la Province.

Paradoxalement avec cette tension sur l’avenir provincial, 2025 fut aussi l’année des 30 ans du Brabant wallon et accessoirement de mes 10 ans comme gouverneur.

Je ne comptais organiser ni de rétrospective, ni de pompeuses ou pompantes festivités et n’ai, faute de temps et de moyens, même pas mis sur pied d’événement au profit d’associations philanthropiques comme je l’espérais.

De même, contrairement à mes vœux, je n’ai pas réussi à réunir les acteurs indispensables pour réfléchir ensemble à de nouvelles actions de sensibilisation autour de la citoyenneté, du devoir d’Histoire et de mémoire.

Pourtant, je dois avouer être las de toutes ces grandes confusions entretenues à dessein dans des discours populistes, complotistes, clivants, racistes, haineux et antiprogressistes. Discours qui érigent en valeurs des identités fictives, des traditions inventées ou des appartenances qui excluent l’autre.

La propagande extrémiste se renforce encore par un usage sans aucune modération des réseaux sociaux et de la viralité entretenue par leurs algorithmes.

Ce n’est pas un hasard si « technofascisme » est le mot de l’année 2025. Technofascisme dont la définition est : « Doctrine politique qui cherche à démanteler les démocraties libérales pour instaurer un régime autoritaire, en s’appuyant sur les algorithmes et les réseaux sociaux afin de manipuler les comportements collectifs et de contourner les mécanismes représentatifs ».

Bref, 2025 a des relents puants des années trente avec cette association, ces tabous brisés, entre le pouvoir de l’argent, et les tenants de l’autoritarisme illibéral[3]. Cette sensation d’orgasme chez ceux qui usent de la violence sans limite pour régler les conflits internationaux ou assouvir leurs intérêts particuliers, ceux qui remplacent le Droit international par la Loi du plus fort, est proprement cauchemardesque.  A mille lieux de l’Humanité que tous ici nous espérons.

Ces constats malheureux, comme les clivages que creusent certains inconscients, rendent plus indispensable que jamais de travailler à ce qui unit. Je tenterai de mieux y contribuer en 2026.

Mesdames, Messieurs,

Chères Amies,

Chers Amis,

2025 fut parfois inquiétant et trop souvent dramatique. Nous ne mesurons pas notre chance de vivre ici en Brabant wallon et en Belgique où nous pouvons nous réjouir en liberté de nos projets comme de nos réussites.

Ce que je souhaite en particulier, c’est la poursuite et l’élargissement de cette union entre les forces vives du Brabant wallon. Nous pouvons être fiers de cette singularité qui consiste à bien travailler, chacun dans nos domaines de compétences, mais ensemble pour soutenir de nouvelles initiatives porteuses pour l’emploi ou pour le bien-être de nos contemporains.

Il nous faudra continuer de nous battre contre les clichés qui réduisent le Brabant wallon à une Wallifornie, mélange de gonzagues, de schtroumpfettes siliconées et de retraités bronzés. Ces préjugés qui conduisent parfois nos autorités supérieures à négliger notre territoire alors qu’au contraire les dynamiques positives qu’on y rencontre doivent être préservées tout comme l’attention à porter aux plus fragiles que compte aussi notre province.

Un enseignement de qualité, des infrastructures correctes, une mobilité adaptée, une sécurité accrue, des services sociaux renforcés, des hôpitaux performants, un environnement protégé sont tout aussi indispensables qu’ailleurs pour maintenir le cercle vertueux qui fait le Brabant wallon.

Au rayon des plaisirs, 2026 sera porteur de moments intenses. Je pense aux 50 ans de TV Com par exemple ou à la Coupe du monde de Hockey à Wavre.

Autre plaisir essentiel, celui de pouvoir consolider les liens entre nous.

Je ne remercierai jamais assez les membres de toutes les disciplines de l’urgence. Notre équipe, nos partenaires de la sécurité civile, les pompiers, les secouristes et infirmiers, les urgentistes, les psys, les policiers, les citoyens volontaires dans les associations partenaires ou au sein de la réserve provinciale, les militaires, les communicants, les coordinateurs de planification d’urgence, et bien entendu les autorités locales, les bourgmestres et les autorités judiciaires, notamment le Parquet et l’Auditorat.

Les drames de cette fin d’année comme la catastrophe de Crans-Montana ou les récents désordres géopolitiques rappellent tragiquement, s’il en était besoin, l’importance de nos missions respectives.

Mes remerciements, je les adresse aussi à tous mes autres partenaires et à mes collaborateurs dont le travail de fond est essentiel. Je pense aux CPAS et aux communes, aux membres du SPW, à ma propre équipe qui exerce ses missions en matière d’explosifs, d’armes, de finances, de tutelle ou de conseils auprès de nombre d’entre vous.

Bien entendu, nos aventures communes avec les collègues du Collège : Tanguy, Benjamin, Sophie, Christophe et Annick se poursuivront à travers les vicissitudes des réformes comme par temps clair. Ici, mon rôle institutionnel parfois limité ne m’empêche pas d’apprécier la rigueur et l’engagement de chacune et chacun. Un engagement qui fait corps avec celui de l’administration et son sens du service public.

Enfin, je veux aussi mettre en avant le soutien des miens, de Sandrine, Laure et Raphaël. Parfois critiques, souvent drôles mais toujours complices, ils sont mes piliers discrets.

« Quod Bonum Faustum Felix Fortunatumque Sit »

(Que cela soit bon, favorable, heureux et favorisé par la Fortune)[4]

Mesdames, Messieurs,

« Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir » disait Jean Jaurès.

Aussi, je souhaite que 2026 soit pour chacune et chacun d’entre nous, une année de partages, de bonheurs, de projets et de rêves en cours d’accomplissement.

Quant à moi, je compte aborder cette année 2026 avec cette méthode empruntée à une autre vie : un œil sur l’objectif et l’autre œil sur (…) l’objectif.

Bonne année 2026, et vive le Brabant wallon !

[1] https://www.lifeb4b.be/sites/default/files/2025-07/La%20Hulpe%207km.pdf

[2] Mathilde Steenbergen, Directrice générale des établissements pénitentiaires, « Alleen samen kunnen we de curve ombuigen » – Magistratuur & Maatschappij, 26 avril 2025

[3] A ce sujet, il faut lire de toute urgence Les irresponsables de Johann Chapoutot, historien spécialiste de l’Allemagne et du nazisme, pour comprendre pourquoi des banques, de grands patrons et des partis traditionnels ont donné tant de crédit aux nazis au point de leurs céder le pouvoir.

[4] Disait-on à Rome ou parmi les aînés qui eurent des cours de latin en secondaire.