En Wallonie, installer une structure modulaire dans son jardin pour y loger un parent âgé ou en perte d’autonomie nécessite un permis d’urbanisme. En Flandre, non. C’est aussi simple — et aussi symptomatique — que ça.

Deux députés du Mouvement réformateur, Nicolas Tzanetatos et Caroline Cassart-Mailleux, ont interpellé le ministre wallon de l’Aménagement du territoire, François Desquesnes, sur le sujet. Sa réponse ? Ce type de projet doit tenir compte de la voirie, de l’accès aux soignants, des transports en commun, du raccordement aux réseaux. Ce n’est pas impossible, mais ce n’est pas simple. Et modifier le Code de développement territorial (CoDT) pour faciliter ces situations ? Pas à l’ordre du jour.

La solution reste donc théoriquement disponible. Mais dans les faits, hors de portée de la plupart des familles qui en auraient besoin.

 

L’inflation normative, ou comment étouffer les réponses du quotidien

Ce cas n’est pas isolé. Il illustre parfaitement ce que la politologue Béatrice Hibou a théorisé sous le nom d’inflation normative : cette tendance des sociétés contemporaines à répondre à chaque problème, chaque risque, chaque nouveauté par une couche supplémentaire de réglementation. Le résultat est un enchevêtrement de règles qui, à force de vouloir tout prévoir, finit par paralyser les initiatives les plus raisonnables.

Les libéraux le répètent depuis des années : la simplification administrative n’est pas un projet idéologique, c’est une nécessité pratique. Quand une famille qui souhaite éviter à ses parents la maison de repos se retrouve face à un dossier urbanistique insurmontable, c’est que quelque chose ne fonctionne plus. Les règles ont perdu le contact avec les réalités vécues.

Un territoire qui vieillit : les chiffres du Brabant wallon

Ces réalités vécues, en Brabant wallon, elles sont mesurables. Selon les dernières données disponibles, notre province compte 415.381 habitants en 2025. Et elle vieillit — plus vite que le reste de la Wallonie. L’âge moyen y atteint 42,9 ans, contre 42,3 ans en Région wallonne, avec une progression d’un an en cinq ans seulement. La part des personnes de 65 ans et plus augmente de plus de 12 % entre 2020 et 2025.

Parallèlement, les ménages isolés — souvent des personnes âgées seules — représentent 33 % de l’ensemble des ménages en Brabant wallon et croissent deux fois plus vite que la population. Les chercheurs de l’IGEAT (ULB) ont mis en évidence un phénomène particulièrement parlant : plus de 42.000 maisons de taille moyenne à grande y sont occupées par des petits ménages adultes ou âgés, souvent seuls. Des maisons devenues trop grandes, dans lesquelles leurs occupants vieillissent sur place, parfois isolés, sans que le parc de logements ne s’adapte vraiment à cette réalité.

Dans ce contexte, refuser de faciliter l’installation d’un habitat modulaire dans un jardin, c’est méconnaître les besoins réels de milliers de familles brabançonnes wallonnes.

Pour un État partenaire, pas un État obstacle

Face à ce constat, il ne s’agit pas simplement de « moins réglementer ». La question est plus subtile. Les chercheurs de l’UCLouvain Tom Dedeurwaerdere et Olivier De Schutter ont développé l’idée d’un État partenaire : une puissance publique qui ne se contente ni de réglementer d’en haut, ni de se retirer du jeu, mais qui accompagne activement les individus et les communautés dans leurs adaptations aux nouveaux enjeux — qu’il s’agisse de transition écologique, de changements sociaux ou de vieillissement démographique.

Un État partenaire, dans ce cas précis, ce serait un État qui dit : oui, nous voyons le besoin, nous vous aidons à trouver la solution adaptée à votre terrain, votre famille, votre situation. Ce n’est pas un permis de construire qui tombe du ciel, ni l’absence totale de règle — c’est un cadre souple, intelligent, qui fait confiance aux porteurs de projet tout en garantissant les protections essentielles.

La vraie question

Certes, comme le dit le ministre Desquesnes, interrogé sur le sujet dans La Libre Belgique (12.05.2026) : « le droit de l’urbanisme ne peut être fondé sur l’intention des porteurs de projet ». Mais à l’inverse, il ne peut pas non plus ignorer les réalités démographiques, sociales et humaines auxquelles ces porteurs de projet cherchent à répondre.

En Wallonie, les familles inventent des solutions. Elles méritent que les pouvoirs publics les accompagnent — plutôt qu’ils ne les asphyxient.

Pour aller plus loin : la page du Contrat de développement territorial du Brabant wallon